Comment élever des chevaux islandais pour pratiquer l’équitation
Rustique, proche de l’humain et réputé pour ses allures confortables, le cheval islandais demande pourtant une gestion précise. Du choix de l’animal à l’entraînement, voici les bases d’un élevage adapté à l’équitation.
Le cheval islandais est un excellent partenaire d’équitation de loisir, de randonnée et de travail sur le plat à condition de ne pas confondre rusticité et absence de besoins. Pour l’élever correctement, il faut lui offrir une vie sociale, du mouvement, une alimentation sobre mais suffisante, des soins réguliers et un apprentissage progressif de ses allures particulières.
Bien choisir son cheval et définir son projet équestre
Le cheval islandais est un petit cheval robuste, généralement haut d’environ 1,30 m à 1,45 m au garrot. En Islande, il est traditionnellement considéré comme un cheval, non comme un poney : cette distinction culturelle ne change pas ses besoins physiologiques, mais rappelle qu’il s’agit d’une race porteuse, énergique et très polyvalente.
Son attrait principal réside dans ses allures. Outre le pas, le trot et le galop, beaucoup d’individus pratiquent le tölt, une allure à quatre temps très confortable pour le cavalier. Certains possèdent aussi l’amble volant, ou skeið, une allure rapide réservée à des chevaux prédisposés et correctement préparés. Tous les Islandais ne présentent pas les mêmes facilités, ni le même niveau de qualité dans ces allures : un cheval de randonnée calme n’est pas nécessairement un cheval de compétition d’allures.
Avant l’achat, formulez un projet précis : balades hebdomadaires, randonnées longues, cours en carrière, concours d’allures, cheval familial ou reproduction. Cette étape évite d’acheter un cheval spectaculaire en vidéo mais inadapté à votre niveau, à votre gabarit ou à votre disponibilité.
| Votre objectif | Profil à privilégier | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Balade et extérieur | Cheval adulte, franc, calme seul et en groupe, habitué à la circulation | Tester plusieurs sorties hors carrière, pas seulement un essai court |
| Apprentissage du tölt | Cheval équilibré, déjà travaillé dans l’allure, encadré par un professionnel | Ne pas acheter sur la seule promesse d’un tölt « facile » |
| Compétition d’allures | Origines, entraînement et qualité locomotrice documentés | Budget d’achat, suivi et technicité plus élevés |
| Jeune cheval à former | Bon mental, manipulations acquises, élevage sérieux | Prévoir du temps, de l’expérience et un encadrement solide |
| Cheval familial | Tempérament stable, éducation au sol irréprochable, expérience variée | Ne pas supposer qu’un petit cheval est automatiquement adapté aux débutants |
L’essai doit se dérouler dans des conditions proches de votre future pratique : pansage, prise des pieds, embarquement si possible, travail en carrière et sortie extérieure. Une visite vétérinaire d’achat, modulée selon l’âge, le prix et l’usage envisagé, reste une précaution utile. Pour un cheval importé ou de race, contrôlez également la puce, le document d’identification, l’enregistrement auprès du SIRE en France et la cohérence du pedigree.
Installer un environnement rustique, mais réellement sécurisé
L’Islandais supporte bien le froid grâce à son pelage dense et à sa capacité d’adaptation. Il a néanmoins besoin d’un environnement sec, sûr et socialement équilibré. Un pré détrempé pendant des mois, sans zone stabilisée ni abri efficace, peut fragiliser les pieds, favoriser les problèmes de peau et compliquer la distribution du foin.
La vie au pré en troupeau convient souvent très bien à cette race. Un congénère compatible est un besoin essentiel : garder un cheval seul, même avec une forte présence humaine, n’est pas une solution satisfaisante sur le long terme. Prévoyez des clôtures visibles et fiables, sans barbelés, ainsi qu’un accès permanent à une eau propre. L’abri doit protéger du vent dominant, de la pluie et du soleil ; il doit aussi être assez vaste pour éviter qu’un cheval dominant n’en bloque l’entrée.
La surface nécessaire dépend fortement de la qualité du sol, du climat, de la pousse d’herbe et du nombre de chevaux. Dans la pratique, mieux vaut raisonner en gestion des ressources qu’en superficie théorique : rotation des parcelles, retrait temporaire des zones abîmées, espace stabilisé près du râtelier et surveillance de l’état des pâtures. Une petite surface bien gérée avec du foin distribué peut être plus saine qu’un grand pré surpâturé et boueux.
Prévoir une zone de travail et des équipements adaptés
Pour monter régulièrement, un accès à une carrière drainée, à des chemins sûrs ou à une structure équestre proche fait une vraie différence. Le cheval islandais a besoin de variété : sorties au pas actif, dénivelé modéré, travail de transitions, incurvations et barres au sol construisent l’endurance et l’équilibre indispensables à des allures justes.
Côté matériel, une selle doit être essayée sur le cheval en mouvement par une personne compétente. Son dos est souvent court, son garrot variable et sa morphologie peut évoluer rapidement avec le travail ou une prise de poids. Une selle mal adaptée limite l’amplitude du dos et peut dégrader le confort, y compris au tölt.
Nourrir sans suralimenter : le point de vigilance majeur
Chez un Islandais de loisir, le fourrage est la base de la ration. Le foin doit être propre, non poussiéreux, sans moisissure, distribué de manière suffisamment continue pour respecter le fonctionnement digestif du cheval. Lorsqu’il n’y a plus d’herbe disponible, une référence couramment utilisée est d’apporter au minimum autour de 1,5 % du poids vif en matière sèche de fourrage par jour, à ajuster avec un professionnel selon l’état corporel, l’activité et la qualité du foin.
Cette race est réputée « facile à garder ». Cela signifie qu’elle valorise efficacement sa nourriture ; ce n’est pas un encouragement à réduire excessivement le foin ou à multiplier les aliments énergétiques. Une herbe de printemps abondante, des céréales distribuées par habitude ou des friandises fréquentes peuvent favoriser l’embonpoint, la résistance à l’insuline et accroître le risque de fourbure chez les sujets prédisposés.
Surveillez chaque semaine l’état corporel : côtes difficiles à sentir, encolure épaisse et dure, dépôts graisseux derrière l’épaule ou à la base de la queue sont des signaux à prendre au sérieux. Une muselière de pâturage, un accès limité à l’herbe ou un paddock avec foin peuvent être utiles dans certains cas, mais ne doivent pas conduire à isoler le cheval ni à le priver durablement de fourrage.
| Situation | Base alimentaire généralement adaptée | Ajustement à envisager |
|---|---|---|
| Cheval adulte au repos, bon état corporel | Herbe contrôlée ou foin, eau, sel, complément minéral-vitaminé si nécessaire | Réduire l’accès à une herbe très riche plutôt que supprimer le fourrage |
| Cheval de loisir travaillant 3 à 5 fois par semaine | Foin ou pâture maîtrisée, minéraux adaptés | Ajouter de l’énergie seulement si l’état corporel ou le travail le justifie |
| Cheval maigre ou très actif | Fourrage à volonté, bilan dentaire et sanitaire | Complémenter progressivement après analyse de la ration |
| Cheval en surpoids | Foin pesé et peu riche, activité progressive, pâturage régulé | Se faire accompagner par un vétérinaire ou un nutritionniste équin |
Les concentrés ne sont pas une obligation. Beaucoup d’Islandais vivant au pré et travaillant modérément s’en passent. En revanche, le sel, l’eau et un apport minéral-vitaminé raisonné peuvent être nécessaires selon le fourrage. Toute modification alimentaire doit être progressive, sur plusieurs jours au minimum.
Organiser les soins de santé et la prévention
Un cheval qui paraît solide a besoin d’un suivi préventif aussi rigoureux que n’importe quel autre équidé. La fréquence des parages ou ferrures dépend de l’usure, de la qualité de la corne, du terrain et du travail ; elle se situe souvent autour de six à huit semaines, mais seul le suivi du pied permet de fixer le bon rythme. Beaucoup d’Islandais peuvent travailler pieds nus sur des sols adaptés, à condition que l’entretien, la transition et la charge de travail soient cohérents.
Les dents doivent être contrôlées régulièrement, particulièrement chez les jeunes, les seniors et les chevaux qui changent de comportement alimentaire. Le programme vaccinal, la gestion des parasites et la surveillance des maladies vectorielles se définissent avec le vétérinaire selon votre région, les sorties et les mouvements de chevaux. Pour le parasitisme, les coproscopies permettent de cibler les traitements au lieu de vermifuger systématiquement sans indication.
Inspectez quotidiennement les yeux, les membres, les pieds, l’appétit, les crottins et l’attitude générale. Un Islandais discret peut continuer à coopérer malgré une gêne : une baisse de qualité du tölt, des transitions difficiles, une irritabilité au sanglage ou un refus de donner les pieds méritent une recherche de cause, pas une simple correction à la monte.
En France, l’équidé doit être identifié et enregistré, et le détenteur doit accomplir les formalités relatives au lieu de détention. Avant une arrivée, un déplacement ou une mise à la reproduction, vérifiez les obligations actualisées auprès de l’IFCE/SIRE, de votre vétérinaire et, le cas échéant, des autorités sanitaires locales.
Construire un cheval de selle : éducation, condition et allures
L’entraînement d’un cheval islandais commence bien avant la selle. Marcher en main, céder à une pression légère, rester attaché sans paniquer, embarquer calmement, accepter les soins et donner les quatre pieds constituent des acquis de sécurité. Ces fondamentaux doivent être obtenus sans brutalité, avec des séances courtes, cohérentes et répétées.
Pour un jeune cheval, la progression doit respecter la maturité physique et mentale. Les premières sorties montées privilégient le pas, les lignes droites, les pauses et l’équilibre naturel. Le travail intensif en petits cercles, les demandes répétées d’allures rapides ou l’entraînement précoce du tölt peuvent surcharger un dos encore en développement.
Ne pas « fabriquer » le tölt par la contrainte
Le tölt n’est pas un bouton à activer. Il devient plus clair lorsque le cheval avance détendu, se porte dans une cadence régulière et possède assez de force dans le dos et l’arrière-main. Les transitions entre pas, trot, galop et tölt, réalisées avec tact, aident à développer l’équilibre. Un cavalier qui se crispe, tire en continu sur les rênes ou recherche la vitesse à tout prix obtient souvent une allure précipitée, irrégulière ou inconfortable.
Un encadrement par un enseignant connaissant réellement les chevaux d’allures est précieux, notamment pour distinguer un bon tölt d’un pas latéralisé, d’un trot désuni ou d’une défense. Les sorties en terrain varié, le pas actif en côte, les exercices de mobilisation douce et les périodes de récupération restent les meilleurs alliés de la condition physique.
La charge de travail augmente progressivement : durée, dénivelé, intensité et difficulté technique ne doivent pas monter tous en même temps. Après une pause longue, une maladie, une prise de poids ou un changement de ferrure, reprenez plus lentement que votre motivation ne l’exigerait.
Anticiper le coût réel et s’entourer des bons professionnels
Le prix d’achat ne représente qu’une partie du budget. La pension ou l’entretien à domicile, le foin, la litière éventuelle, le maréchal-ferrant ou pareur, le vétérinaire, l’assurance, le matériel et les cours s’additionnent toute l’année. Les écarts sont considérables selon la région et le mode d’hébergement, mais un propriétaire doit pouvoir absorber les dépenses imprévues : colique, boiterie, plaie, transport urgent ou période de repos prolongée.
Pour un projet à domicile, calculez aussi le coût de l’aménagement : clôtures, abri, râtelier, stockage du foin, stabilisation, évacuation du fumier et accès pour les livraisons. Il est souvent plus réaliste de commencer en pension dans une écurie sérieuse, puis de développer une autonomie progressive.
Entourez-vous d’un vétérinaire, d’un professionnel du pied, d’un enseignant adapté à votre discipline et, si nécessaire, d’un saddle-fitter ou d’un ostéopathe vétérinaire. Leur rôle n’est pas de remplacer votre observation quotidienne, mais de vous aider à interpréter les changements avant qu’ils ne deviennent des problèmes installés.
Élever un cheval islandais pour l’équitation demande donc une règle simple : privilégier une vie de cheval — troupeau, mouvement, fourrage et soins constants — puis bâtir le travail monté sur cette base. Commencez par évaluer vos installations, votre temps disponible et votre réseau de professionnels ; vous pourrez ensuite choisir un individu dont le niveau et le tempérament vous permettront de progresser sereinement ensemble.
Questions fréquentes
Un cheval islandais peut-il vivre toute l’année au pré en France ?
Oui, dans de nombreuses régions, s’il dispose d’un abri réellement protecteur, d’un sol suffisamment drainé, d’eau non gelée et de fourrage à volonté ou distribué en quantité adaptée. Sa rusticité ne le protège pas d’un terrain boueux, d’une clôture dangereuse ou d’un manque de ressources en hiver.
Quelle taille fait un cheval islandais et un adulte peut-il le monter ?
La plupart mesurent environ 1,30 m à 1,45 m au garrot, avec un modèle porteur et une ossature solide. Un adulte peut le monter si le cheval est correctement conformé, en bonne condition physique et si le poids du cavalier, de la selle et du matériel reste cohérent avec ses capacités.
Faut-il absolument apprendre le tölt à un cheval islandais ?
Non. Le tölt est une allure naturelle chez la race, mais son expression varie selon les individus, leur âge, leur équilibre et leur entraînement. Chercher à l’obtenir par la force ou avec un cheval insuffisamment musclé peut provoquer tensions, défenses et mauvaise locomotion.
Le cheval islandais a-t-il besoin de céréales ?
Pas systématiquement, et souvent non pour un cheval de loisir qui travaille modérément. Un fourrage analysé ou de bonne qualité, un complément minéral-vitaminé adapté et du sel couvrent fréquemment les besoins ; les concentrés ne se justifient qu’après évaluation de l’état corporel, du travail et, si besoin, avec un professionnel.
Quels documents vérifier avant d’acheter un cheval islandais ?
Demandez le document d’identification, le numéro de puce, l’enregistrement SIRE en France et, pour un cheval de race, les informations de pedigree reconnues. Vérifiez aussi la cohérence entre le vendeur, les documents, l’historique sanitaire, les vaccinations et le niveau de travail annoncé.