Calla : une fleur toxique à connaître
Élégant en pot comme en bouquet, le calla — le plus souvent un Zantedeschia — contient des cristaux irritants. Il faut connaître ses risques réels, ne pas le confondre avec les vrais lys et adopter les bons réflexes en cas d’ingestion.
Le calla est une plante décorative toxique par ingestion, aussi bien pour l’être humain que pour le chat et le chien. Son danger vient principalement de cristaux d’oxalate de calcium qui irritent immédiatement la bouche et la gorge lorsqu’une partie de la plante est mâchée ; il mérite donc une place choisie avec soin, en pot comme en bouquet.
Sous le nom « calla », quelle plante se cache vraiment ?
Dans les jardineries, chez les fleuristes et dans la plupart des intérieurs, le mot calla désigne presque toujours une plante du genre Zantedeschia. On l’appelle aussi arum, arum des fleuristes ou arum d’Éthiopie selon les variétés. Sa grande « fleur » en cornet — plus exactement une spathe colorée — entoure un épi central appelé spadice.
Les coloris blancs, jaunes, roses, orangés, violets ou presque noirs, ainsi que ses lignes graphiques, expliquent son succès dans les bouquets contemporains. Cette esthétique peut cependant donner une impression trompeuse : ce n’est pas une fleur anodine à laisser à portée de tous.
Une confusion botanique est fréquente : le véritable genre Calla ne compte notamment que Calla palustris, une plante de milieu humide rarement utilisée en fleuristerie. Elle est elle aussi irritante et toxique. Dans la pratique, retenez donc cette règle simple : un “calla” vendu comme plante ornementale doit être traité comme un Zantedeschia toxique.
Pourquoi le calla est toxique et qui est le plus exposé ?
Les tissus du calla renferment des raphides, de minuscules aiguilles de cristaux d’oxalate de calcium. Lorsque la plante est croquée ou écrasée, ces cristaux agressent mécaniquement les muqueuses. Ils favorisent une irritation intense, avec sensation de brûlure et gonflement local. La sève peut également être irritante au contact de la peau, surtout sur une peau fragilisée, et elle doit absolument être évitée dans les yeux.
Le niveau de risque dépend de la quantité réellement mastiquée, de l’âge, du poids et de la sensibilité de la personne ou de l’animal. Les conséquences sont le plus souvent localisées à la bouche et digestives, mais il ne faut jamais banaliser une ingestion : un gonflement important de la langue ou de la gorge peut compliquer la déglutition et, plus rarement, la respiration.
Les personnes et animaux à surveiller de près sont :
- les jeunes enfants, attirés par les fleurs, les baies ou les feuilles ;
- les chats, qui peuvent mordiller une tige, une feuille ou un bouquet par curiosité ;
- les chiens, notamment les jeunes chiens qui mâchent les végétaux ;
- les personnes ayant des troubles de déglutition ou une forte sensibilité aux irritants ;
- les professionnels ou amateurs qui divisent des rhizomes, taillent plusieurs plantes ou manipulent la sève sans protection.
Les rhizomes, parfois qualifiés à tort de bulbes, ne doivent jamais être considérés comme comestibles. La cuisson ou le séchage ne constituent pas une méthode domestique fiable pour rendre une plante d’ornement sûre à ingérer.
Symptômes : de l’irritation buccale aux signes qui imposent une urgence
Après mastication, les signes surviennent souvent rapidement, car l’irritation commence au contact de la muqueuse. La douleur dans la bouche peut toutefois passer inaperçue chez un enfant très jeune ou un animal qui ne peut pas l’exprimer.
| Personne ou animal exposé | Symptômes possibles après mastication ou ingestion | Niveau de vigilance |
|---|---|---|
| Adulte ou enfant | Picotements ou brûlure de la bouche, lèvres ou langue, salivation, nausées, vomissements, douleur abdominale, difficulté à avaler | Avis antipoison recommandé, particulièrement pour un enfant ou si la quantité est inconnue |
| Chat | Salivation marquée, patte portée à la bouche, miaulements, vomissements, baisse d’appétit, douleur à la déglutition | Appeler un vétérinaire rapidement ; urgence si gonflement ou gêne respiratoire |
| Chien | Bave, léchage des babines, agitation, vomissements, diarrhée, douleur orale | Appeler le vétérinaire, surtout chez un petit chien ou après ingestion répétée |
| Contact cutané ou oculaire | Rougeur, démangeaison, irritation ; douleur et larmoiement si projection dans l’œil | Rinçage abondant ; consultation rapide en cas d’atteinte oculaire persistante |
Une difficulté à respirer, une voix modifiée, un gonflement visible de la bouche, du visage ou du cou, une somnolence inhabituelle, des vomissements répétés ou une incapacité à avaler sont des signes d’urgence. En France, contactez le 15 ou le 112 en cas de détresse respiratoire ou de malaise sévère. Pour une exposition humaine sans signe de gravité immédiate, un centre antipoison peut évaluer précisément la conduite à tenir ; le numéro national ORFILA, 01 45 42 59 59, oriente vers le centre compétent.
Ingestion ou contact : les bons gestes, étape par étape
Face à un incident, la première règle est de rester simple : protéger, rincer, identifier et demander conseil. Les remèdes improvisés peuvent compliquer l’évaluation médicale ou vétérinaire.
Si un enfant ou un adulte a mâché un calla
- Éloignez la plante et retirez les morceaux encore présents dans la bouche, s’ils sont facilement accessibles.
- Rincez délicatement la bouche à l’eau. Ne forcez pas une personne qui tousse, vomit, somnole ou a du mal à avaler.
- Si la personne est consciente et avale normalement, quelques petites gorgées d’eau peuvent aider à éliminer les résidus. N’administrez pas de grande quantité de liquide.
- Ne faites pas vomir. N’essayez ni lait, ni huile, ni bicarbonate, ni charbon actif sans consigne médicale.
- Prenez une photo de la plante ou conservez une feuille dans un sachet, puis contactez un centre antipoison. Indiquez l’âge, le poids approximatif, l’heure, la partie mâchée et les symptômes observés.
Si un chat ou un chien a été exposé
Retirez les débris végétaux que vous voyez sans vous exposer à une morsure. Vous pouvez proposer de l’eau fraîche, sans forcer l’animal à boire. Contactez le vétérinaire traitant, le service de garde ou un centre antipoison vétérinaire : les conseils dépendent de l’espèce, de la taille de l’animal, du délai et des signes cliniques.
Ne donnez jamais de médicament humain et ne provoquez pas de vomissement à domicile. Certains gestes autrefois répandus, comme l’eau oxygénée chez le chien, peuvent être dangereux ou inadaptés selon la situation ; ils ne doivent être envisagés que sur instruction directe d’un professionnel.
En cas de sève sur la peau ou dans l’œil
Lavez la peau au savon et à l’eau, puis retirez les vêtements souillés. En cas de projection oculaire, rincez l’œil à l’eau tiède ou au sérum physiologique pendant plusieurs minutes, sans frotter. Une douleur persistante, une vision trouble, un larmoiement intense ou une rougeur qui ne régresse pas justifient un avis médical urgent.
Le cas particulier des chats : ne pas confondre calla et vrai lys
Pour un foyer avec chat, le mot « lys » doit immédiatement déclencher une vérification du nom botanique. Les vrais lys, notamment les genres Lilium et Hemerocallis (hémérocalles), peuvent causer une insuffisance rénale aiguë très grave chez le chat après l’ingestion d’une petite quantité de plante ou même l’exposition au pollen. Le calla vendu sous le nom de Zantedeschia n’agit pas de la même manière : ses cristaux provoquent principalement une irritation de la bouche et du tube digestif.
Cette distinction ne signifie pas que le calla est sûr pour le chat. Salivation, vomissements, déshydratation et douleur justifient une prise en charge rapide. Elle évite surtout une erreur dangereuse : croire qu’un véritable lys n’est « qu’un calla » et différer l’urgence vétérinaire.
| Plante souvent confondue | Nom botanique courant | Risque principal chez le chat | Réflexe à adopter |
|---|---|---|---|
| Calla, arum des fleuristes | Zantedeschia | Irritation orale et digestive liée aux oxalates | Appeler le vétérinaire après ingestion ou mastication |
| Vrai lys | Lilium | Risque rénal aigu potentiellement mortel | Urgence vétérinaire immédiate, même si le chat semble aller bien |
| Hémérocalle | Hemerocallis | Risque rénal aigu comparable chez le chat | Urgence vétérinaire immédiate |
Prévenir les accidents sans renoncer aux fleurs
La prévention est plus efficace qu’une réaction dans l’urgence, car les incidents surviennent souvent lors d’un moment d’inattention : bouquet posé au sol, pot déplacé pendant le ménage, feuille tombée après l’arrosage ou plante installée sur le rebord d’une fenêtre facilement accessible.
Pour conserver un calla chez vous :
- placez le pot dans une pièce ou sur un support réellement inaccessible, et non simplement « en hauteur » pour un chat agile ;
- évitez les meubles proches qui servent de marchepied ;
- retirez sans attendre feuilles abîmées, fleurs fanées et morceaux tombés ;
- portez des gants pour la taille, le rempotage ou la division des rhizomes, puis nettoyez le plan de travail et les outils ;
- ne laissez pas les enfants participer à la manipulation sans explication ni surveillance ;
- pour un bouquet, choisissez un vase lourd et stable, loin d’une table basse, d’un buffet accessible ou d’un plan de travail où un chat circule.
À l’extérieur, identifiez les plantes du jardin et apprenez aux enfants une règle universelle : on ne goûte ni feuille, ni fleur, ni baie sans l’accord d’un adulte. Une étiquette durable avec le nom de la plante est particulièrement utile pour les espèces qui perdent leur repère d’achat au fil des saisons.
Si votre foyer compte un chat particulièrement curieux, un jeune chien ou un enfant qui met encore les objets à la bouche, le choix le plus serein reste d’écarter le calla des zones de vie. Pour le remplacer, demandez à votre fleuriste une composition explicitement compatible avec la présence d’animaux et vérifiez chaque espèce : l’innocuité d’un bouquet ne se déduit pas de son apparence.
Le bon réflexe est donc double : traitez tout calla comme une plante non comestible et inaccessible, puis gardez son nom à portée de main. En cas de mastication, rincez sans faire vomir, conservez une photo de la plante et appelez sans tarder le professionnel adapté — centre antipoison pour une personne, vétérinaire pour un animal.
Questions fréquentes
Le calla est-il dangereux au toucher ?
Le contact avec une feuille ou une fleur intacte est le plus souvent sans gravité. En revanche, la sève peut irriter les peaux sensibles et surtout les yeux ou les muqueuses. Portez des gants lors de la taille et lavez-vous les mains après avoir manipulé la plante.
Quelle partie du calla est toxique ?
Toutes les parties du Zantedeschia doivent être considérées comme toxiques : fleurs, feuilles, tiges, racines et rhizomes. Le risque est principalement lié à la mastication ou à l’ingestion, qui libère des cristaux d’oxalate de calcium irritants.
Que faire si mon chat a mâché un calla ?
Retirez les fragments végétaux accessibles sans mettre vos doigts dans sa bouche, puis contactez sans attendre votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire. Surveillez notamment la salivation, les vomissements, la douleur buccale, la difficulté à avaler ou à respirer. Ne tentez pas de le faire vomir.
Le calla est-il aussi toxique qu’un lys pour un chat ?
Non, ce sont des plantes différentes. Le calla, généralement un Zantedeschia, irrite surtout la bouche et le système digestif ; les vrais lys du genre Lilium et les hémérocalles peuvent provoquer une atteinte rénale aiguë potentiellement mortelle chez le chat. Cette différence ne dispense pas de demander conseil après l’ingestion d’un calla.
Peut-on garder un calla dans une maison avec de jeunes enfants ?
Oui, à condition de l’installer hors d’atteinte et de ne jamais laisser un bouquet à hauteur d’enfant. Si un enfant porte souvent des objets à la bouche ou si la surveillance est difficile, mieux vaut choisir une plante décorative non toxique pour limiter tout risque accidentel.